Rosa Mystica: l'esprit de la mission
14-09-2009

Mercredi 29 juillet, 9h du matin : le défilé des malades reprend pour la troisième journée consécutive. Nos médecins volontaires sont à leur poste, prêts à accueillir toute la misère humaine et à la soigner de leur mieux. Delphine amène au docteur Dickès un vieillard au teint livide : son mal est vite décelé, puis confirmé par une radio : il a une tuberculose avancée, un poumon ne respire plus, et le cœur a changé de place... Le pauvre homme est condamné, on ne peut plus rien faire pour lui. Alors le médecin des corps passe le relais au médecin des âmes, pour préparer le malheureux à la mort. C'est cela l'esprit de la mission : soigner autant que possible ces gens qui ne reverront peut-être jamais de médecin de leur vie, mais surtout ranimer en eux la Foi catholique pour sauver leur âme.

Deux éléments sont à prendre en compte pour bien comprendre notre démarche : l'état d'esprit des volontaires de cette mission, et la qualité du rapport avec la population.

L'état d'esprit des volontaires

Il tient en deux mots : charité et enthousiasme. Plusieurs parmi nous n'ont que trois semaines de vacances dans l'été, et ils choisissent de les passer aux Philippines... Il fallait déjà en avoir l'idée... Mais pire que cela : Ils viennent s'installer dans un village retranché, logent dans des habitations insalubres, et soignent quelques trois mille malades en six jours ! C'est la Charité chrétienne qui les anime, le souci de redonner confiance aux plus démunis. Un des volontaires parlait de « donner un moment de non-souffrance. » Ajoutons à cette charité une bonne dose d'enthousiasme, pour prendre avec le sourire les petits désagréments qui peuvent survenir : les pluies torrentielles, les pieds tout le temps trempés et sales, les salles-de-bain qui n'en ont que le nom, les moustiques, etc... Nous sommes sales au-dehors, mais curieusement, notre âme est comme lavée par tout cela : dégagés du superflu qui nous semble indispensable en Europe, nous vivons pour quelques jours plus proches de l'Essentiel, mus par des valeurs qui nous font grandir.

Une autre qualité est indispensable, qui découle des deux précédentes : c'est l'efficacité. Le nombre des patients augmente chaque jour, mais pas celui des volontaires ! Nous avons chacun un rôle bien précis à jouer, duquel dépend la santé de nos chers malades. Les consultations médicales relèvent de la prouesse sportive ; c'est à qui enregistrera le plus de patients par jour : Jean-Pierre est en tête avec le rythme de croisière de cent malades quotidiens !

Pour conclure sur ce point, ajoutons que nous avons la messe quotidienne, qui nous aide à garder l'esprit missionnaire. Monsieur l'Abbé Couture en profite pour nous adresser quelques mots ; il nous insuffle un peu de son zèle apostolique pour nous préparer à faire tout le bien possible aux gens que nous côtoierons dans la journée. Nous gardons à l'esprit cette phrase de Notre-Seigneur : « Ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, c'est à Moi que vous le faites. »

La qualité du rapport avec la population

La plupart du temps, les Philippins qui viennent nous trouver ont un seul objectif : recouvrer une bonne santé. Mais de notre côté, l'objectif est triple :

·         soigner les corps, bien entendu. La pauvreté et la mauvaise hygiène les rendent plus vulnérables à toutes sortes de maladies.

·         soigner les cœurs aussi : pour beaucoup, le meilleur remède à leur mal est de voir que des Européens sont venus exprès pour les soigner, pour leur redonner espoir. Les sourires et les « salamat » qui pleuvent toute la journée disent bien leur reconnaissance...

·         soigner les âmes surtout. Ces gens abandonnés ont perdu peu à peu la pratique religieuse, et ils ont besoin de redécouvrir que Dieu veille sur eux. Ils comprennent que c'est en vertu de notre foi catholique que nous sommes venus les aider.

Certains pourront rétorquer : « C'est bien beau tout cela... Mais vous ne croyez pas qu'autour de nous, en France, il y a autant de personnes en détresse dont il faudrait s'occuper? »

Bien entendu, répondrons-nous, mais nous trouvons chez les Philippins une qualité de rapport qui n'existe pas en France : contrairement à beaucoup de nos compatriotes aigris, revendicateurs, et hargneux contre la religion, eux sont prêts à recevoir ce que nous leur apportons, et ils en tirent profit. Ainsi, après s'être fait soigner dans la journée, beaucoup ont assisté le soir à des cours de catéchisme, ont (ré)appris à dire le chapelet, et sont venus à la messe les jours suivants.

Ils ont gardé des qualités naturelles que n'a pas encore entachées le matérialisme occidental. C'est ce qui permet la profondeur de notre relation avec eux : ils considèrent que nous leur apportons beaucoup, certes, mais il s'agit d'un don réciproque, car eux nous donnent aussi de bonnes leçons, à leur insu : leçon de patience et de persévérance ; nous pensons à ceux qui ont attendu toute la journée avant de voir un médecin ou un dentiste, ou encore à ces femmes qui ont fait dix kilomètres à pied pour nous demander de venir soigner leur village... Leçon de serviabilité ; innombrables sont ceux qui nous ont aidés avant, pendant et après la mission. Citons Maria-Cris, venue voir Jean-Pierre pour se faire enlever une tumeur du sein et qui passait sur le chemin pendant que nous le nettoyions, et qui est allée exprès acheter des bouteilles d'eau pour désaltérer les petites Françaises. Leçon de reconnaissance enfin, au vu du nombre de cadeaux que nous avons eus en partant ; il s'agissait de cadeaux simples, sans valeur marchande, mais ils venaient du cœur des Philippins et là était leur vraie richesse.

Une telle expérience ne peut laisser indifférent. Nous en revenons tous profondément heureux, et bien décidés à repartir l'an prochain ! Amis lecteurs, s'il en est parmi vous qui sont conquis pas l'esprit de cette mission, qu'ils n'hésitent pas à nous contacter, pour éventuellement nous rejoindre l'été prochain !

                                                                                           Jeanne de Vençay