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Le Procès de l’eugénisme |
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| 15-11-2008 | |
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Le Procès de l’eugénisme Le Dr Christian Doublier Villette a été inculpé pour avoir tenté de dissuader les dons au Téléthon qui d’ailleurs a fait une recette en recul de 4 % cette année. Il avait dénoncé la présentation d’un enfant appelé Bébéthon, comme possiblement guéri alors qu’il était le résultat d’une sélection par le diagnostic préimplantatoire. La partie civile représentée par le directeur de l’Association de la lutte contre la myopathie (AFM) lui reprochait la phrase suivante : « L’AFM ne soigne pas ses malades : elle les élimine…Hitler, dès 1933, ne faisait pas autre chose avec les malades mentaux… ». Elle citait en diffamation l’auteur des ces mots diffusés par le site Internet de l’intéressé. Toute vérité n’est certes pas bonne à dire. En réalité plusieurs personnes ayant une autorité reconnue s’étaient purement et simplement défilées. Sans doute Villette avait-il été trop « politiquement incorrect ». Je connaissais à peine Villette quand il m’a demandé de témoigner en sa faveur. Je n’ai pas voulu me défiler. Il fallait que soient réellement dites un certain nombre de réalités concernant l’AFM. C’était le 10 avril 2008. Villette voulait faire de cet épisode judiciaire le procès de l’eugénisme qui, rappelons-le, est sévèrement réprimé par la loi et pourtant devient de plus en plus la voie royale de la procréation notamment par le diagnostic préimplantatoire et l’avortement dit médical, jadis appelé thérapeutique ; mais qui en fait supprime un enfant dans le sein de sa mère à partir de 12 semaines de la grossesse. Il commit l’erreur de ne pas prendre un des ténors de la lutte contre la vie. Et comme par hasard, l’avocat qu’il avait choisi avait été la victime d’un accident de la voie publique ; ceci l’avant-veille ou la vieille du procès. Il était remplacé au pied levé par un Chinois – je n’ai rien contre les Chinois, surtout quand ils sont rescapés de la politique d’avortements forcés- lequel n’était absolument pas au courant de l’affaire et a du sans doute lire le dossier en catastrophe dans le taxi qui l’emmenait à la 17ème chambre correctionnelle de Paris. Couloir de gauche par rapport à la Sainte Chapelle. Jeudi le 10 avril 2008 : la veille était venu au monde mon dixième petit enfant. Les règles du fonctionnement judiciaire, veulent que les témoins soient bouclés dans une salle latérale en dehors du lieu de procès et des éventuels spectateurs, les audiences étant publiques. Règle bizarre car immédiatement avant l’ouverture des portes il est possible de s’entretenir avec qui que ce soit. Nous voilà donc enfermés avec deux anciens militants de la vie : le Dr Dor, le juge Grenouillea ; et un ancien compagnon de Sakharov du nom de Belaga, Juif converti, qui était là comme témoin d’ambiance. Pendant deux heures et demie nous avons été ainsi murés, parlant de la pluie et du beau temps. Belaga professeur et chercheur au CNRS tournait comme un lion en cage. Cage que j’étais le premier à vouloir quitter. Nous ne savions rien des débats. Apparemment Villette avait du se défendre seul. Dans ce cas il est bien difficile de déterminer si la longueur des explications ne serait pas des répétitions du débat antérieur et n’indisposerait pas la présidente qui dirigeait les débats et apparemment n’avait pas l’intention de s’en laisser mener. Apparemment ma qualification de médecin assermenté et ancien expert près la cour d’Appel de Douai ne semblait devoir à ses yeux donner plus de poids à mon témoignage. Il fallait rendre d’abord hommage au Téléthon qui avait payé un procès que nous avions attenté et gagné face la Sécurité Sociale devant le Tribunal des Affaires sociales de Boulogne-sur-mer ; et ce dans le but d’obtenir un deuxième fauteuil roulant à notre fils myopathe. Ma femme était venue avec lui et avait dit à la présidente : le pneu du fauteuil roulant s’il venait à crever sur place, comment faire pour sortir du tribunal ? De cet épisode judiciaire était ressorti une jurisprudence qui allait permettre à tous les handicapés de France de bénéficier d’un second fauteuil roulant ; et ce à l’encontre des règles de la Sécurité Sociale. De coin, la partie civile se rengorgeait. Il fallait ensuite expliquer. Ceci en tant que médecin, père de myopathe et grand-père de myopathe. Bien sûr je ne représentais que moi-même face aux juges. Mon fils aurait eu 30 ans en juillet prochain. Quand je faisais le diagnostic de la maladie, celle-ci était pratiquement inconnue des médecins et du grand public. Et l’arrivée du Téléthon a été pour notre famille un immense espoir. A coup sûr, les médecins qui s’occupaient de lui à Necker pensaient et affirmaient qu’un traitement de la maladie allait être trouvé dans les deux ans. Et ceci par la thérapeutique génétique. Or, 13 ans plus tard, notre enfant mourrait. Une nuit il avait présenté un état de défaillance cardiaque majeure. Nous l’avions emmené à la clinique dont j’étais le co-fondateur avec deux chirurgiens de la ville de Boulogne-sur-Mer. Il sera pris en charge de manière remarquable dans le cadre du service de réanimation. Lequel n’avait jamais eu de tels cas à traiter. Cependant, il existait un numéro d’urgence de l’AFM à Lille et à Paris. Aucun d’entre eux ne répondait. Il y avait lieu de s’étonner qu’une association brassant des sommes d’argent considérables ne soit pas en mesure d’assurer le paiement d’un interne de garde qui aurait pu donner ses conseils. Impressionné par la mort de notre fils, le maire de la ville, Guy Lengagne, ministre de la Mer sous François Mitterrand, avait décidé de faire l’année suivante la ville départ du Téléthon. Cette manifestation avait été placée sous le parrainage de notre fils. Je prenais alors à témoin le maire, M. Barrataud, président de l’AFM ; auxquels j’avais expliqué les circonstances de la mort de notre fils. Nous avions tous trois en commun la perte d’un enfant. Furieux, Barataud avait tourné les talons. Un silence véritablement palpable régnait dans la grande salle d’audience. En réalité, le Téléthon avait tout misé sur la recherche génétique. C’était une erreur stratégique. Madame la présidente avait-t-elle les yeux bleus qu’elle aurait voulu en changer de couleur, il aurait fallu simplement changer le gène portant cette couleur ? C’était une erreur. Car un gène donne de multiples informations et une information génétique est en rapport avec de multiples connections venant d’autres gènes et d’autres sites venant de diverses parties de la cellule. Certes, il est évident que la science pouvait se tromper. Mais l’AFM avait continué sur cette piste appelée désormais « la bulle génétique ». [1] C’est alors que survient l’eugénisme. L’AFM, devant cet échec partait vers la dérive eugénique dénoncée par Villette. Chaque année elle proclamait à grand arroi des « virages fondamentaux » dans la connaissance de la maladie. Et à force de virer elle tournait en rond. La solution pour sortir de ce cercle vicieux était donc la suppression des malades ; laquelle rendrait inutile toute recherche sur la maladie. Ceci se faisant sur trois axes. Le premier était le diagnostic préimplantatoire (DPI). « Le DPI n’est pas un progrès thérapeutique mais un progrès pour la vie » (AFM 6 novembre 2006). Progrès qui consistait à tamiser les embryons en se débarrassant de ceux qui auraient pu porter la maladie. Mais aussi en affinant le diagnostic prénatal (DPN) qui permet au nom de la loi de supprimer l’enfant dans le sein de la mère y compris la veille de l’accouchement. Lequel est déclenché. Dès que l’on peut, la fontanelle de l’enfant est crevée, le cerveau aspiré, la tête écrasée au forceps. Une boucherie dont l’AFM était désormais le régulateur. Le troisième axe était la recherche sur les cellules souches embryonnaires qui tue des embryons pour en extraire des cellules censées guérir un jour les myopathes. Or cette recherche ne mène à rien. Le professeur Montagnier découvreur du virus du sida, Wilmut le père de la brebis clonée, le professeur de génétique Arnold Munnich conseiller de l’Elysée, Lord Patel chargé des recherches sur les cellules-souches en Grande-Bretagne, tous ces gens avaient condamné ce genre d’expérience. Or l’AFM continuait de les subventionner. Pourquoi ? Ceci au nom de l’idéologie « génétique ». Ce mot avait été lancé par le Professeur Ben Ari de Marseille, la plus haute sommité mondiale en matière de recherche sur l’épilepsie. Cette idéologie qui stérilisait les recherches en France. Cette idéologie qui avait mené des recherches sur les gènes et qui maintenant s’orientait vers d’autres recherches qui ne menaient à rien. Ma conviction était qu’il convenait de chercher des traitements de cette terrible maladie non pas en amont, mais en aval. La mucoviscidose, maladie génétiquement proche de la myopathie était soignée désormais par des antidépresseurs. Deux myopathies étaient soignées désormais par la cyclosporine, immunodépresseur anti rejet, utilisé notamment lors des transplantations d’organes. L’AFM se trompait et nous trompait. Et à la clé de ces erreurs, il y aurait la mort de notre petit fils Antoine. Un grand silence se fait alors de nouveau dans l’aula judiciaire. La Présidente pose alors une question. - Sans doute voulez-vous dire que l’orientation des recherches de l’AFM aboutira à la mort de votre petit fils ? - Oui, madame la Présidente. De lui et de tous les enfants qui ont été présentés lors du dernier Téléthon sur les plateaux de télévision et qui servent d’appelants à l’argent du contribuable. - La partie civile a-t-elle quelque chose à demander au témoin ? La partie civile baisse la tête. Ne répond rien. Une heure et demie plus tard, le Procureur plaidait la relaxe pour le prévenu, le Dr Doublier-Villette. Dans ce moment particulièrement difficile, je tiens à remercier mes amis qui priaient durant le temps de l’audience pour que le Saint Esprit m’éclaire. Jean-Pierre Dickès
[1] Cette affirmation n’est pas gratuite. Citons Le Quotidien du Médecin du 22 avril 2008, soit douze jours après le procès. « Mais quand la thérapie génique profitera-t-elle aux malades ? « d’ici à cinq ans » nous annonce-t-on régulièrement depuis près de vingt ans… » |
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