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09-10-2008

Le Dr Dickès décrit Rosa Mystica:

Rosa mystica 2008, mission humanitaire de l’Association Catholique des Infirmières et Médecins (ACIM),  a pris cette année une ampleur inégalée. Notamment par l’aide du groupe des douze Français - auxquels s’était jointe une femme médecin venant de Varsovie en Pologne - groupe qui en pratique dirigeait la mission en ce qui concerne la pharmacie et les soins médicaux. Toute la partie spirituelle étant assurée par l’abbé Daniel Couture , supérieur du district d’Asie, aidé d’un prêtre philippin, de deux séminaristes et de 14 religieuses venant de la communauté des Béthaniennes de Manille, la capitale.


En réalité, à première vue, il y aurait bien peu de choses à dire sur cette mission. La province de Sarangani est jointive de celle de General Santos où se trouve la permanence d’AcimAsia.  La capitale en est Alabel, une ville de 70.000 habitants. Cette agglomération  est faite de huttes construites  en fibre de coco et de branches de palmiers. Elle s’étend sur une gigantesque superficie : chaque maison est en effet séparée par des champs de bananiers ou des jardins. La province fait 700.000habitants. Un magnifique ensemble intitulé le Capitole comporte outre les bâtiments administratifs, le palais du gouverneur, un gymnase, un musée ethnologique, un poste de police, de multiples dépendances notamment consacrée aux recherches halieutiques.

Nous disposons de tout : notamment des grandes salles de réception du palais avec ses très confortables chambres d’hôtes ; du gymnase où nous allons donner nos soins à plus de 3.000 personnes pendant cinq jours. Les troupes de choc sont les infirmières de l’AcimAsia, leurs copines, les jeunes de la légion de Marie, cinq policiers venus nous aider. Les  médecins bien-sûr. Mais aussi le personnel municipal qui assure en permanence un fond musical style Vivaldi, la Wi-Fi sur le site, micro, poste de soins, nettoyage balayage en permanence du gymnase et des toilettes, tables avec nappes en tissus, j’en passe et des meilleures. Les volunteers sont de huit  nations différentes. Ils soignent et catéchisent. Les prêtres baptisent. La population est massivement catholique. La plupart des jeunes portent le scapulaire. Il en sera distribué 4.000 ainsi que 2000 chapelets dans ce pays appelé par Pie XII « la Reine du Rosaire ». Ce n’est pas pour rien. Des médailles miraculeuses aussi. Nous sommes aidés en permanence par la ravissante secrétaire du gouverneur, une musulmane du nom d’Asma qui vient nous chercher en ville où nous logeons chez des amis. Elle a toujours peur que nous arrivions en retard à « la sainte Messe » dit-elle. Et aussi le vice-gouverneur qui se fait appeler familièrement par son prénom de Steve. Il est marié à une très jolie femme,  mince comme un fil du nom  Michèle. Avec Asma elle cornaque le personnel provincial qui nous aide.

Imaginez un grand gymnase. Des tables où travaillent les médecins. C’est d’ailleurs assez curieux. Car il y a le noyau dur des médecins de l’Acim et autour des praticiens nomades qui viennent se mettre au service de la mission. Quelquefois pendant simplement deux heures. Il doit avoir « tourné » une bonne vingtaine d e praticiens. Les dentistes seront jusqu’à 14 à œuvrer en même temps. Un seul traitement : l’avulsion dentaire. 2650 personnes sont mises en dossier. Tout est sur ordinateur, y compris les prescriptions. Notre pharmacienne Chantal souffre pour traiter toutes les ordonnances ; et surtout pour les lire. Elle n’a pas le choix : il faut donner les médicaments à la foule qui se presse. L’organisation de Yolly Gamutan notre permanente à Général Santos est absolument parfaite. Nous avons même un cabinet d’examen ce qui facilite les examens intimes et aussi un endroit de tranquillité pour pratiquer la petite chirurgie. Rien à voir avec les camps de fortune de l’an dernier, lesquels  improvisés par l’armée philippine, aidée des soldats de l’Armée américaine.. Sans parler des invraisemblables conditions d’hébergement connues antérieurement. Bref,  ici, tout est  parfait…Sauf que…

Sauf que nous apprenons incidemment que les repas qui devaient être payés par la Province ne seront pas remboursés. Détail. Rappelons que l’ACIM paye l’ensemble des médicaments ; et une partie des transports des volunteers. Sans parler de frais annexes comme la location de voitures absolument indispensables. Qu’importe : cela valait bien la fraternisation avec les cinq policiers qui mangeaient avec nous. Ici nous sommes tous égaux face à la misère. Les échanges avec les infirmières sont passionnants. Des sympathies et des amitiés naissent.

Par ailleurs nous sommes absolument effarés de certains états de santé. Des enfants avec des tumeurs du visage monstrueuses, des becs de lièvre. Nous sommes désarmés. 80 % des gens que nous voyons n’ont jamais vu un médecin de leur vie. D’où leur patience qui fait attendre ces malheureux durant des heures pour quelques comprimés de paracétamol ou d’anti-inflammatoires. Nous payons quelques hospitalisations, des IRM, des examens biologiques. Mais nous ne pourrons jamais payer ad vitam aeternam des traitements pour le diabète qui donne des plaies allant jusqu’à l’os. Les hypertendus, les insuffisants cardiaques, les tuberculeux, les asthmatiques chroniques.  Nous essayeront de les aider s’ils reviennent à la permanence.

Mais à ce tableau quasiment idyllique  de nos conditions de travail apparût insidieusement un problème : nous avions de plus de plus de patients et de moins en moins de médecins pour s’en occuper.  Or il était prévu que les médecins du Service municipal de santé viendraient à notre aide. Ils sont au nombre de 17 et assurent les vaccinations, et aussi les soins d’urgence dans la province. Apparemment leur responsable avait donné l’ordre à ses subordonnés de ne pas se joindre à la mission. Nous avions pensé à un coup de patte des francs-maçons qui jusqu’à  présent nous avaient aidés dans le cadre de la mission permanente ? Mais pour des raisons obscures, les relations s’étaient tendues brutalement. En réalité il n’en était rien.

En 1996 il avait été créé un état musulman  autonome au centre de l’île de Mindanao.  Les mahométans ne représentent que 5 % de la population. Mais ils mènent une guerre impitoyable aux chrétiens. Le groupe d’Abou Sayaf, aidé par Al Qaida, sévissait depuis 12 ans dans l’île de Jolo et la pointe extrême ouest de Mindanao ; il s’était rendu célèbre en décapitant en direct un touriste américain. Tous ses chefs ont été abattus  l’un après l’autre par l’armée. Il ne serait plus constitué que de 200 guérilleros traqués dans la jungle. En revanche l’état islamiste grassement subventionné par l’Etat est corrompu ; il achète des armes pour entretenir la guerre civile à partir du centre de l’île. En 1998, il avait été établi un Mémorandum sur les terres ancestrales tendant à recréer des entités ethniques. Les tribus en général christianisées et ayant gardé leur folklore traditionnel se sont vu attribuer des zones autonomes.. Mais les Moros -comme ont dit ici- ont une prétention territoriale sur la moitié de Mindanao (soit le quart de la France) et veulent un état indépendant afin de récupérer toute l’île ; bien qu’ils ne représentent que 7 % de la population. . Un accord secret dans ce sens était intervenu entre  Gloria Arroyo la présidente et le MILF  (Mouvement Islamique de libération des Philippines). Ce dernier a été cassé par la Cour Constitutionnelle car allant dans le sens d’un démembrement du pays. C’était le 4 août, jour de notre arrivée. Immédiatement les rebelles partaient à l’assaut des villes du Cotabato del Norte à 300 km (de jungle) par rapport à notre site de soins. 120.000 personnes devront fuir. L’armée est très puissante mais se trouve face au problème des enfants soldats et des villageois servant de boucliers humains. Mais en moins de trois jours, elle reprenait le terrain. Nouvelle offensive sur 17 villes : 18.000 personnes déplacées. Mais les plus grandes opérations militaires ont eu lieu au Lanao del Sud. Il y aura 300.000 personnes déplacées dans des conditions indescriptibles car des villages entiers ont été brûlés par ces barbares, des églises bien sûr, des chrétiens sont abattus ou pris en otage. Le tout aggravé par les inondations de la mousson.

Mais les soldats philippins forment sans doute la meilleure armée du monde. Car elle est motivée par la défense de sa foi chrétienne. Ils disposent de redoutables petits canons. Et à l’occasion la marine américaine qui rode dans les parages n’hésite pas à envoyer des missiles sur les camps des rebelles. Après chaque opération militaire les Moros se rendent par centaines car la vie dans la jungle est extrêmement difficile. Ils sont renvoyés dans leur village avec promesse d’être abattus si on les revoyait sur les sites de guerre. Les pertes des rebelles sont environ dix fois plus importantes que celles des soldats.

Tout ceci explique pourquoi nous avons vu autant de monde. Il est probable que nous ayons eu à soigner des rebelles. D’autant que quelques jours avant notre départ ils avaient mis le feu à la résidence du maire dans la ville de Maasim à 20 km de là où nous étions. Encore que les cinq policiers qui nous aidaient et filtraient les entrées avaient un don de double vue pour les repérer.

Quoiqu’il en soit, le gouverneur Don Miguel Dominguez, était parti avec ses 17 médecins vers la zone des combats pour porter assistance aux réfugiés et aux blessés…Et il ne restait dans toute la province que les « braves médecins étrangers »  (nous a-t-on dit) qui ont eu à charge de soigner toute une province. Sarangani  et ses  700.000 habitants. Nous étions les derniers…

                               Dr Jean-Pierre Dickès

                               Président de l’Association Catholique des Infirmières et médecins

Vous pouvez aider la mission avec des dons ou des médicaments. ACIM 2 route d’Equihen 62360 Saint Etienne au Mont.

 
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