Le Docteur Luc Perrel, 80 ans, est décédé le 26 octobre. Jean-Pierre Dickès lui envoie cette lettre posthume.

Cher Luc,

Cher vieux camarade de combat, j’apprends à l’instant que tu viens de rendre ta belle âme à Dieu ; celle de ton combat pour Lui que tu as mené au-delà de tes forces. Quand je t’ai eu une dernière fois au téléphone, j’ai compris le cœur serré que ta vie arrivait au port pour lequel tu avais lutté une grande partie de ton existence. C’était ton retour à Dieu. Tu as lutté. Hier, tu as définitivement raccroché ton fusil au râtelier.

Je suivais comme je le pouvais ce qui fut pour toi ta dernière longue marche. Lors de nos ultimes contacts que j’avais eus avec toi sur ton lit d’agonie, j’ai compris que tu t’acheminais vers la fin. D’une voie éteinte et hésitante, difficilement tu avais prononcé ces mots : « je vais retourner chez moi et après on verra… ». Ce furent pour moi les derniers mots que j’entendis de ta vie terrestre.

Quand je repasse ce qu’a été mon existence, je pense que tu as été mon meilleur ami. Ce que je nomme les « amitiés whisky », on en a tous des quantités. Mais par-delà le whisky et le plaisir de nous retrouver, il y avait entre nous une  communauté d’esprit, de cœur, de convictions et de foi. Une sorte de complicité s’était développée avec le temps dans le cadre de nos émissions à Radio Courtoisie. C’était un plaisir toujours renouvelé que de se revoir chaque mois. Nos auditeurs appréciaient ta gaieté, tes saillies d’humour et ce côté « frères ennemis » que nous cultivions ensemble avec soin et plaisir.

Tu as assuré les émissions durant l’été. Tu as été comme les vieux paysans de jadis qui continuaient de tracer leur sillon dans la glèbe et ne s’allongeaient que pour mourir.

Il faut bien sûr rappeler tout ce que tu as pu faire pour le Bon Dieu. Le tout concrétisé par le fait que deux de tes enfants se sont orientés vers la vie religieuse. Il est peu connu que tu étais arrivé dans la Tradition dans la deuxième partie de ta vie. Tu n’étais pas tombé dans le chaudron…

Tes engagements ? Tu as d’abord été un médecin de l’ancienne génération comme je pense l’avoir été. Celle où le praticien était nuit et jour à la disposition de ses malades; une époque à laquelle nous luttions contre la maladie, faisions nos accouchements. Nos jeunes confrères ne se déplacent plus à domicile, ne travaillent ni en fin de semaine, ni le dimanche, prenant souvent en semaine une journée de plus. Ils remplissent désormais des papiers et au moindre doute envoient vers le spécialiste ou hospitalisent. C’est compréhensible, tellement la responsabilité médicale a augmenté et leur nombre a diminué.

Ta priorité a été la défense de la vie, prolongation naturelle de ton activité médicale.

Comme moi-même, tu as participé à l’association du Dr Laffont qui diffusait la Déclaration des Médecins pour le respect  de la Vie. Puis tu t’engageas avec le Dr Dor dans SOS Tout Petits qui mène des prières publiques afin que cesse l’effroyable pratique de l’avortement. Tu étais vice-président de cette association. Dans ce cadre tu diffusais un bulletin que tu dirigeais d’une plume alerte avec des références religieuses ou littéraires étonnantes. Homme de science, de lettres, de foi. Nous retrouvions avec plaisir tes écrits dans les publications de Chiré Lectures et Tradition et Lectures Françaises. Tu viendras rapidement me rejoindre quand en 2.000, je pris la direction des Cahiers Saint Raphaël dans lesquels tu écrivais régulièrement. Tu acceptas même le titre de secrétaire de l’Association Catholique des Infirmières et Médecins qu’il fallait maintenir.

À Dieu, mon vieux complice ! Tu es actuellement en train de lancer quelques-unes de tes galéjades à Saint Pierre ou aux anges ; ou bien leur entonner quelques chansons de l’après-guerre comme tu aimais le faire. Ils seront contents. La bonne Vierge se souviendra de tous les chapelets que tu auras récités. Elle sera entourée de tous ces petits enfants qui te doivent la vie par tout ce que tu as pu faire pour les sauver. Rien que grâce à cela, tu n’as pas besoin de passeport pour que Jésus t’accueille dans son grand Paradis. N’empêche que tu vas manquer au « bon combat » que tu as mené avec tant d’ardeur. Tu vas nous manquer. Tu vas me manquer. Tu vas manquer à Bernadette ma femme qui appréciait tant ton énergie et ton courage.

À ta famille et spécialement à Marie des Neiges ton épouse qui nous a toujours accueilli avec toute sa gentillesse naturelle, nous présentons toute notre affection. Que Dieu te garde !

Jean-Pierre Dickès