Mission : Jour 8 – Prier, soigner et réconforter

Ce matin, monsieur l’abbé Marcille va célébrer la messe dans une maison d’arrêt. Nous sommes trois à l’accompagner, escortés par l’armée. Après avoir quitté la ville, la jeep commence à gravir une colline, s’enfonce dans la forêt, redescend dans une clairière cachée au creux d’un vallon : nous sommes arrivés. Un portail imposant s’ouvre pour nous livrer passage. Le directeur nous conduit dans un petit couloir entouré de grosses grilles derrière lesquelles attendent les détenus. Les femmes sont « en liberté », mais très tristes. Les hommes, en revanche, sont enfermés sous solide cadenas. Tous sont curieux de ce qui va se dérouler devant eux. L’abbé leur explique rapidement ce qu’est la messe, et leur dit qu’ils ne pourront pas communier ; le temps manque malheureusement pour faire une tournée générale de confessions.

C’est une messe bien émouvante à laquelle nous assistons alors, dans un cadre on ne peut plus dépouillé, avec des assistants qui n’ont sans doute pas prié depuis longtemps, mais sur qui le St-Esprit a voulu, aujourd’hui, déverser ses grâces. A la fin, à notre grand étonnement, beaucoup récitent avec nous un Ave Maria.

En revenant, nous longeons la mer pour voir de près les terrains en reconstruction depuis un an. Au moment le plus critique, beaucoup de gens sans toit s’étaient regroupés autour de l’astrodome pour avoir un peu d’eau, d’électricité, et de nourriture. Après quelques mois, il a bien fallu libérer le terrain, mais pour aller où ? Personne n’avait d’argent pour reconstruire, et les lieux d’habitation n’étaient pas encore dégagés. Les nouvelles constructions que nous avons vues cette semaine sont encore bien piteuses : des planches, des tôles, des poutres, tout cela sans dessus dessous, avec quelques vagues logements entre deux tas de détritus. L’état de panique est passé, mais pas la misère.

Pendant que nous arpentons les rues, les médecins continuent leur travail. Tous les jours, toutes les heures, en soignant les gens, ils constatent comme le typhon est encore présent dans tous les esprits. A un moment, alors qu’une pluie diluvienne se met à tomber, l’interprète de Didier commence à trembler, à pleurer : elle croit revivre « Yolanda ».

Les pathologies majeures sont aussi en lien avec la catastrophe, principalement parce que les gens se nourrissent très mal et n’ont pas d’argent pour aller chez le médecin. Beaucoup ont du diabète dû à la famine (le pancréas très peu sollicité ne fonctionne plus normalement), de l’hypertension artérielle à cause de l’anxiété, des lombalgies dues au gros travail de manutention pour tout déblayer. On trouve aussi des infections broncho-pulmonaires, des syndromes du canal carpien (surtout les lavandières et les conducteurs de tricycles), plusieurs cas de tuberculose, et parfois des cancers multiples.

Nos médecins, efficacement secondés par les infirmières, font de leur mieux pour apaiser les maux, trouver les traitements adaptés, et redonner un peu d’espoir à tous ces gens délaissés.

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