Mission : Jour 6 – Une aide toujours appréciée

Chaque matin, l’affluence est plus grande à l’entrée. Les patients rentrent chez eux, trois dents en moins ou dix médicaments en plus, et encouragent leurs voisins à venir nous voir.

Nous n’avons pas moins de douze médecins cette année, dont trois pédiatres, un dermatologue, un dentiste et une ophtalmologiste. Cette dernière remercie les bienfaiteurs qui ont livré quelques kilos de lunettes pour la mission ; il en part plusieurs dizaines de paires par jour !

Notre dermatologue, un jeune américain très efficace et professionnel, réussit aujourd’hui une intervention délicate : un patient se présente avec une grosseur en bas de la joue, juste sous l’oreille. Le médecin lui fait une incision assez large, et réussit à en extirper une tumeur de 4cm de diamètre… Est-ce un cancer ? Il ne saurait le dire, mais il a au moins freiné la progression du mal. Deux autres patients souffrent d’irritations, de démangeaisons ; des insectes leur courent sous la peau, ils ont la gale. Le traitement est assez violent, mais indispensable pour enrayer la prolifération de ces petites bêtes.

Il y a aussi cette maman qui raconte à une pédiatre qu’elle a trouvé ce matin un ver de 7cm dans la bouche de sa petite fille. Ou encore cette jeune femme enceinte de neuf mois qui fait de l’hypertension et présente plusieurs symptômes de pré-éclampsie : emmenée d’urgence à l’hôpital, elle commence à perdre les eaux en voiture ; à l’arrivée, on lui parle de césarienne à cause de la position du bébé ; mais il faut payer 60.000 pesos, ce qui est évidemment impossible ! Sheryl, une de nos organisatrices philippines, l’emmène en dernier recours à l’hôpital public, où l’on voudra peut-être s’occuper d’elle à moindre frais… Un dernier cas lourd : une femme qui attend depuis quelques heures fait un malaise devant le médecin ; elle semble avoir de gros problèmes cardiaques. Aux urgences, on diagnostique une pneumonie, sans doute doublée de tuberculose.

Ces quelques exemples vous montrent la misère extrême de ces populations ; les maladies se développent, mais les soins hospitaliers sont trop chers ; on survit donc comme on peut, et on meurt souvent prématurément.

Après avoir consulté, les patients doivent faire la queue devant la pharmacie pour y percevoir leurs médicaments. Vous n’imaginez pas le travail de fourmi industrieuse qui se répète plus de cent fois par jour : les préparatrices comptent la quantité exacte de comprimés pour chaque patient (il faut même parfois découper les comprimés en demi ou en quart), et notent les posologies en détail ; la pharmacienne en chef recompte et vérifie les ordonnances une à une ; puis deux militaires philippins font les interprètes pour expliquer aux gens comment bien prendre leurs médicaments.

Et pendant que le corps médical travaille, monsieur l’abbé Marcille part à l’aventure à travers les rues, avec des scapulaires, des chapelets et de l’eau bénite. Il visite les zones les plus atteintes par le typhon, et constate l’état de désolation qui règne encore : les nouvelles constructions ne sont que des abris faits avec quelques poutres (vestiges des anciennes maisons) sur lesquelles sont fixées des tôles percées ou des planches de contreplaqué vite imbibées d’eau. L’abbé est d’abord dévisagé avec curiosité, puis accueilli comme le Messie ! Lui-même est admiratif de ce peuple qui garde une grande confiance en la Providence, malgré les dures épreuves qu’il subit. Après la bénédiction des maisons, monsieur l’abbé propose un Ave Maria en commun, puis rappelle trois principes de vie spirituelle : quelques prières régulières, la fuite du péché et l’esprit de mortification ; cela pour honorer Dieu qui nous aime tant, et participer modestement au sacrifice de la Croix. Les gens écoutent docilement, l’esprit bien disposé ; l’abbé ne leur enlève pas la souffrance, mais il les aide à l’accepter avec joie pour l’amour de Dieu.

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